Histoire

Voilà un texte que j’ai écrit en Juin 2009, que je publie ici tel qu’il était écrit. Si je réécris ce texte aujourd’hui, le vocabulaire fervent et naïve changera, mais surement pas l’esprit!

Avec les premières notes de musique, commence l’histoire que je rêvais tant d’écrire, c’est avec la voix effrénée sans frontière qui s’élève, que mon histoire se déchaîne

« كل واحد منا فقلبه حكايات  répète la chanson ; et c’est là que  mon cœur débordé d’histoires  commence à raconter, à se révéler. L’histoire est simple, de la même simplicité de la vie de la mort. La même simplicité du début et de la fin. Soudaine et douce. Continue reading

Les chevaliers du Caucase à Alexandrie

Article Publie a Al Ahram Hebdo, 2006 http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2006/2/8/patri2.htm

Le bleu de ses yeux clairs et brillants reflète les années tumultueuses de sa jeunesse insouciante d’enfant gâté. Des photos en noir et en blanc sont accrochées : des chevaliers d’un autre temps, des champs et des collines révèlent un paysage peu familier avec le paysage égyptien. Dans son salon de style aux fauteuils dorés, il s’apprête à partager une histoire que peu d’Egyptiens connaissent. Le dernier Circassien raconte l’histoire de son peuple dispersé et oublié.

Mahmoud Aziz Wasfi, cinquantenaire aux cheveux poivre et sel, a conservé toutes les caractéristiques de sa race : élances, minces de taille, larges d’épaules, teint clair et des sourcils épais pour accentuer son regard sévère et perçant. De sang circassien pur, il compte, pourtant, parmi la quatrième génération de la famille Wasfi, installée en Egypte vers la fin du XIXe siècle. Vers 1856, le jeune Mahmoud Hawer, grand ancêtre de la famille Wasfi, ne fait pas l’exception des nombreux Circassiens qui se sont réfugiés en Egypte. Ils fuyaient les invasions russes dans le Caucase, les massacres et la persécution religieuse. Le khédive Ismaïl était généreux avec eux, il a accordé pour chacun 500 feddans de terre fertile. « L’Egypte les a bien accueillis. Mon grand-père a pu choisir ses terres, et il a opté pour les jardins de Choubra », commente Aïcha Wasfi, fille aînée de la famille. Dans sa maison de trois étages, « il vivait avec sa femme et ses serviteurs ».
Traditions et coutumes

Nés en Egypte, Mahmoud et ses trois sœurs n’ont jamais mis les pieds dans le Caucase. Pourtant, ils ont pu garder des liens invisibles et magiques avec la terre des chevaliers vaillants. Mahmoud passe des heures à raconter fièrement les traditions et les coutumes de ce peuple méconnu auquel il appartient : « L’éthique des chevaliers régit tous nos comportements, même dans l’amour et la danse ». Sur son cheval, l’amoureux enlève sa bien-aimée dans la nuit, accompagné de ses amis. Il la dépose chez un grand homme intègre du village pour qu’il intercède en sa faveur auprès des parents, et assez riche pour les marier sur sa propre fortune. Une fin heureuse attend toujours les jeunes amoureux. « Lors de sa jeunesse en Syrie, mon père accompagnait ses copains pour enlever les jeunes mariées ». Des longues phrases en circassien entrecoupent son récit. Néfissa Hanem Wasfi, la mère, s’adresse à son fils. Par des monosyllabes il répond puis reprend en arabe : « C’était jamais de vrais enlèvements, mais plutôt de belles traditions ». Néfissa hanem garde jalousement son héritage et son patrimoine : des petits tissus brodés, le costume traditionnel des guerriers, le kalpak (casque de tête circassien) de ses ancêtres et un récipient en métal suspendu au coin de sa salle de séjour. « Tu ne trouveras pas un récipient d’aussi bon métal qu’au Caucase, les chevaliers circassiens l’ont inventé même avant d’inventer le téflon. Ils s’en servaient lors de leur nuit à la pleine étoile », explique fièrement Néfissa hanem Wasfi.

« Mon grand-père était très pieux. Il croyait que le jour de la Résurrection aurait lieu en Syrie, c’est pourquoi il a vendu nos terres en Turquie. Avec cet argent, il a acheté des terres dans le Golan, en Syrie, et s’y est installé avec sa famille. Maintenant, nos terres sont occupées par les Israéliens. Ils nous ont ruinés », raconte Néfissa hanem, mi-sérieuse, mi-amusée en évoquant cette histoire lointaine. Mariée à Aziz bey, qui venait en Syrie, où se trouve une forte immigration circassienne, chercher une épouse de son ethnie, elle s’installe en Egypte et fonde sa famille. Et c’est grâce à elle que ses trois filles et son fils se sont attachés passionnément à la culture et aux traditions circassiennes. « La discipline, la bravoure et le respect des aînés et des femmes caractérisent notre peuple : on avait une tradition en vigueur jusqu’aux années 1950. Si deux frères avaient des fils adolescents du même âge, ils les échangeaient, car à cet âge critique, le fils, chez son oncle, restera discipliné. Après deux ou trois ans, on organisera une petite fête pour le retour de chaque enfant dans sa famille », raconte Mahmoud.

Jeune homme séduisant et aisé, Mahmoud n’avait jamais eu de problème à s’intégrer à la société égyptienne. Cet ancien étudiant du prestigieux Victoria College se vantait d’être de la même promotion du roi Hussein de Jordanie, qui poursuivait ses études en Egypte. Lui et sa famille appartenaient à la jet-set cosmopolite d’Alexandrie des années 1950. Il se souvient toujours des réunions d’amis à Santa Lucia et du kiosque de musique à Glim où, chaque semaine, des soldats venaient jouer gratuitement de la musique pour le peuple. « Bien sûr, jeune, je me sentais différent de mes collègues égyptiens. Je suis fier d’être un Circassien. Jamais je ne me suis révolté contre nos traditions. Elles me poussaient à bien me comporter pour que mes collègues me respectent davantage ».
Une minorité qui survit

Etant la seule famille d’une lignée circassienne pure à Alexandrie et l’une des rares familles subsistants toujours en Egypte, la famille Wasfi est le point de mire de tout Circassien étranger.

La seconde guerre mondiale prenant fin, les Anglais ont voulu renvoyer vers la Russie un bateau qui avait à son bord environ 500 Circassiens qui battaient à leur côte.

Les Egyptiens d’origine circassienne ont sollicité du roi Farouq qu’ils payent le voyage et qu’ils emmènent ces Circassiens expulsés en Egypte, les sauvant de cette destinée fatale. Les Russes les auraient tués certainement. Ainsi, chaque famille circassienne en Egypte a accueilli quelques-uns, se souvient Mahmoud. Et même : « Notre père a souvent aidé des jeunes Circassiens à venir poursuivre leurs études à l’Université d’Al-Azhar ».

La communauté circassienne, minorité dispersée, a eu beaucoup de peine à conserver son identité. Des liens ambigus l’ont liée avec les pays qui l’accueillaient. S’accrochant à la conception de la pureté de race, les familles circassiennes ont longtemps refusé de marier leurs filles aux Egyptiens, considérant ces derniers comme des fellahs. Mahmoud a préféré respecter les traditions. « J’ai épousé une Circassienne pour conserver notre ethnie et j’espère que mes enfants en feront de même ». A l’encontre de son frère, Aïcha a été la première à épouser un Egyptien et rompre avec les traditions. « Aurais-je trouvé un Circassien pour l’épouser ? Nous sommes de moins en moins nombreux », plaisante la belle sexagénaire. La simple et modeste Aïcha a conservé la beauté célèbre des Circassiennes : une longue chevelure châtain, un nez droit et des joues hautes et saillantes. Malgré son physique d’étrangère, elle a gardé l’esprit allègre d’une jeune fille de vingt ans et l’humour égyptien. « Je n’ai jamais eu de double identité, je suis égyptienne, mais aux origines circassiennes ».

Feuilletant ses albums de photos, Aïcha désigne des visages souriants, une ferme impressionnante, des arbres et des champs étendus, des petits poneys galopant. Elle évoque longuement l’âge d’or de sa jeunesse. Elle s’arrête devant la photo d’un homme grand, robuste, au visage rond et aux joues roses. Aïcha regrette toujours le temps de son père défunt. Il est le seul à l’avoir soutenue dans son mariage. « Mon père était un Egyptien fanatique. Il se vantait que tous les plats mis sur sa table sortaient de la récolte de ses terres ». Aziz bey Wasfi, le père, était un homme remarquable. Même une dizaine d’années après sa mort, les fellahs de ses terres ont du mal à l’oublier, « Aziz bey était un grand homme, intègre et bon ». Passant sa jeunesse entre l’Egypte, la Syrie et la Turquie, le jeune Circassien a eu une excellente éducation. Après avoir fini ses études en 1937 à l’Université américaine du Caire, il a dirigé ses terres d’une main de fer. Respecté et aimé de tous, a été prié par les gens de sa circonscription à Koutour, dans le gouvernorat de Gharbiya, dans le Delta, de les représenter au Conseil de la nation, du temps de Nasser, en 1957. « Pendant les élections, il n’a mis aucune pancarte électorale, affirme Aïcha. Il n’en avait pas besoin ».

Le double visage de Mohandessine

Publie a La Revue d’Egypte, Numero 27, Jan-Fev. 2006 , http://www.larevuedegypte.com/article.aspx?ArticleID=5517

Tomber dans un autre monde. C’est l’impression qu’a eu la jeune Sara en pénétrant dans la ruelle Ibrahim-Khatab: «C’était il y a deux ans. Avec une amie, on cherchait un raccourci pour rejoindre la rue Chehab. On s’est perdues et on s’est retrouvées dans un quartier très populaire. Jamais je n’aurais imaginé qu’il y ait un endroit pareil à Mohandessine ! »

Au bout de la rue Chehab et de ses vitrines scintillantes, la ruelle Ibrahim-Khatab file entre les ateliers de mécanique et les kiosques de vendeurs ambulants de foul. D’un côté l’espace, la lumière et la verdure, de l’autre la terre battue, les maisons enchevêtrées et délabrées. A deux pas l’un de l’autre, deux mondes se croisent mais ne se mélangent pas.

Après une journée d’examens, Sara et son amie Radwa se détendent en faisant les vitrines rue Chehab. Boutiques de fringues, de lingerie ou de cosmétique, opticiens avec des affiches de marque sur les vitrines. Des bistrots renommés, des banques et un McDonalds indispensable dans toute rue commerciale digne de ce nom. Mercedes, BMW et Chevrolet garées en file, villas bien gardées et le consulat du Koweit ajoutent à l’aspect prestigieux de la rue qui fait la fierté du riche quartier de Mohandessine.

La rue Khattab

Ruelle Khatab. Om Badi’, âgée de 75ans, habite avec son fils aîné, sa belle-fille Ekram et leurs quatre enfants. « Je suis ici chez moi, pourquoi devrais-je aller là-bas ?» demande la vieille dame en désignant la rue Chehab. Je ne sors presque jamais d’ici, sauf quand je vais à l’église le dimanche. » Toute vêtue de noir comme ses voisines, Om Badi’, surnommée El-Haga Gamila, passe sa journée à observer les piétons et le va-et-vient frénétique des motos, seul moyen d’avancer dans ces allées étroites. Depuis qu’elle a quitté sa ville du Sud, Hawamdeya, avec son mari il y a quarante ans, elle n’a pas bougé de ce quartier.

Des champs aux tours

A quelques mètres de là, une vieille femme rêvasse sur le seuil de sa maison en brique nue. De temps à autre, quelqu’un la salue. « Tiens ! » lance une voisine en lui jetant une gerbe de mouloukheya. « Mais attends c’est combien, ça ? » demande la vieille. « Rien wallahi ! » répond la voisine en filant. « Elles ne me laissent jamais démunie », sourit la vieille femme.

1, 2, 3, 4 les numéros dorés défilent avec la montée de l’ascenseur de cet immeuble qui donne sur la rue Chehab. Au huitième, la porte s’ouvre sur un large miroir en fer forgé doré. Un long couloir, et plus loin une vaste réception avec trois salons de styles différents mais harmonieux. Des bibelots argentés, des vases chinois et des photos de famille sont rangés à leur place. C’est là que vit Soad, 53ans, et sa famille. Cette ingénieur au ministère de la recherche scientifique habitait la rue Chehab avant son mariage. «Nous avons déménagé de Tanta en 68 pour la rentrée à l’université. J’habitais à deux pâtés de maisons plus loin, dans un des rares bâtiments de la rue. » La rue était répartie en blocs : pour les diplomates, les ingénieurs et les enseignants. Soad habitait celui des diplomates. «Mohandessine a changé. Avant, le quartier sentait bon, il sentait la verdure et la fraîcheur.»

Avant, il n’y avait pratiquement que de vastes champs. Les riches familles de propriétaires ont petit à petit vendu leurs terres. Des tours se sont élevées, emportant avec elles à chaque fois un peu plus des anciens aspects du quartier. Sauf quelques-uns, comme la ruelle Ibrahim-Khatab, tache sur la vitrine scintillante du quartier riche.

Pour Soad, en cinq à six ans au début des années 70, le quartier a complètement changé de visage. Les magasins se sont multipliés, « et des nouveaux riches et des arabes (du Golfe) ont envahi la rue », affirme l’ingénieur avec mécontentement. Yasmine, sa fille de 22 ans, diplômée de l’AUC, s’amuse, à moitié scandalisée : « C’est devenu une blague avec mes amies. Quand je dois décrire mon adresse à quelqu’un, je lui dis: tu cherches Gad (vendeur de sandwiches de foul et de taameya situé au bout de la rue Chehab) et puis tu tournes devant chez El-Tawhid wi el-Nour (magasin de vêtements et d’ustensiles à bon marché). » Yasmine trouve la rue de plus en plus «low class». Low class et bon marché?

« Avec les 250-300 LE que coûte une jupe dans ces magasins, je peux habiller mes quatre enfants », ricane Ekram qui ne fréquente presque jamais la rue Chehab. Ekram n’est jamais allée à l’école. A quatorze ans, elle s’est mariée avec un homme de vingt ans de plus qu’elle. Maintenir son appartement ordonné et propre est la seule chose qu’elle connaisse. Elle mène une vie assez tranquille avec ses enfants, dans la ruelle, loin du monde extérieur. Un monde que Soad quitte, elle, pour pénétrer dans la ruelle et acheter des légumes frais : « La ruelle approvisionne tout Mohandessine en légumes à bon marché et en femmes de ménage. Mais aussi en voyous et en toxicomanes », ajoute-t-elle. Soad pense que les ruelles populaires représentent une menace pour les quartiers riches voisins. Pour débarrasser le quartier de ces voleurs et de ces toxicomanes, le gouvernement aurait un projet de remplacer les vieilles maisons par un pont ou par des hôtels, et pour reloger les habitants dans des nouveaux appartements à côté de l’aéroport d’Imbaba. « Ce serait un bon projet, explique Soad. J’espère que ce ne sont pas que des rumeurs.» Pourtant, la mère de famille est partagée. Négligemment appuyée sur le dos de son fauteuil, elle avoue, en parlant des habitants de la ruelle : «Quand même, on a besoin d’eux.»

Al Souk Al faransawy (marche francais) : Un patrimoine Caché

Article Publie a Al Ahram Hebdo, 29 mars-4 avril 2006

Dans leurs va-et-vient quotidiens, les passants de la rue Saad Zaghloul vers la place Mancheya à Alexandrie, ne s’aperçoivent pas de sa présence. A deux pas de la corniche et devant la petite place où les petits marchants étalent leurs marchandises sur les trottoirs, El Souk el Faransawi [le Marché français] est le vestige méconnu d’une vie cosmopolite. A l’extérieur, les vitrines des ateliers délabrés des artisans, un restaurant populaire de poissons camoufle l’entrée principale de couleur verdâtre. Un pas après l’autre, on s’habitue à la pénombre. La découverte de l’immense superficie du Souk étendu derrière le portail en fer, ne laisse pas, le visiteur, indifférent. Un coup d’œil vers le haut révèle un toit incliné, sur deux degrés. Les derniers rayons de soleil de l’après midi s’y infiltrent dessinant des belles formes géométriques sur le sol. « Le Souk el Faransawi du point de vue architectural, est le seul Marché couvert à fonction commerciale qui existe à Alexandrie ». Explique Mohamed Awad, architecte et directeur de centre de recherche AlexMed, au sein de la Bibliothéca Alexandrina. Le manque de documentation sur le bâtiment laisse une large espace aux légendes et aux on-dit. On sait que l’édifice a été construit par une compagnie française, Desgerdais frères, durant la deuxième moitie de XIXe siècle. Raison pour laquelle « Le nouveau Marché d’Alexandrie », fut baptisé le Marché Français. Le choix de l’endroit était excellent : « la magnifique construction est situé au plein centre d’Alexandrie, du port principal de la ville »1,et à deux pas de la place des consultas et de la grande ancienne bourse de Coton. Les « nombreux riches commerçants cosmopolites […] manquaient d’un Marché central pour le dépôt de ses approvisionnement journaliers»1.
Le Marché s’étend sur une superficie de 6000 m2. Seule la moitie de cet espace est occupé par des échoppes, le reste est constitué de grandes allées. Ces six portails l’ouvrent sur le monde extérieur. « J’étais intrigué la première fois que je visitais le Souk, par cet endroit clos qui s’ouvre sur un autre monde, cette société qui existait à Alexandrie et personne n’y prête attention », raconte Alaa Khaled, rédacteur de la revue non périodique « Amkenah » où il consacre dans son premier numéro, une trentaine de page au Marché et à ses habitants. Espace cosmopolite
Devant sa petite boucherie située devant la porte principale, Ahmed El Bokl, guette les nouveaux visiteurs du Marché. D’une langue soignée et précise mélangées avec quelque mots italiens et français, le sexagénaire est toujours prêt à partager son histoire. « Mon père a loué ce magasin en 1918, et depuis je vis dans le Marché ». Un système ponctuel autrefois était suivi : Dès 6h du matin le Marché ouvre ses portes. A 7h, il commence à recevoir ses clients, à 2h de l’après midi on le ferme pour le nettoyage et le lavage quotidien. Vers 3h, on le re-ouvre pour accueillir les étrangers sortant de la Bourse et à 9h du soir on le verrouille. « Ce Marché était d’un très haut niveau, des voitures luxueuses y garent, des belles femmes viennent avec leurs femmes de ménage pour y acheter leur besoin. Le Marché sentait bon. Des parfums des femmes mélangés aux odeurs des légumes, des épices et de viande fraîche … Ce Marché approvisionnait les grands hôtels de la ville comme Hôtel Cecil, San Stefano et même le palais du Roi à Ras EL-Tin. ». Rêveur, Ahmed se souvient des pachas comme Mostafa Pacha El-Nahas, Mostafa pacha Said et d’autres qui se rendaient au Marché « Mon père y a vu même Churchill qui était en visite en Egypte, après la IIième guerre mondiale ». Les jambes croisées, il interrompt son récit, se redresse sur sa chaise en écoutant les plaintes d’un jeune ouvrier « Dis lui qu’il doit venir me voir demain, moi je vais te rendre l’argent qu’il t’a pris ». Mécontent et dégoûté, Ahmed el Bokl, regrettait le temps où les étrangers existaient au Marché. « Un étranger ne te dupe jamais, il te comble par sa politesse. Un respect mutuel et une amitié nous liaient autrefois avec les étrangers qui travaillaient au Souk ». Un métissage complet : des Grecs, des Italiens, des Maltais, des Suisses, et des Juifs, vivaient côte à côte avec les égyptiens. « Mon père parlait plus de 7 langues » se vante AL Bokl.
La menace de démolition s’abat Les jours heureux sont bel et bien finis pour le Marché. Difficile de le reconnaître aujourd’hui dans son état lamentable. Les fruitiers et les pâtisseries ont été remplacés par des grossistes, des artisans et les menuisiers. Les glaciers et le marbre ont disparu, les murs sont souillés par les cendres et le feu des forgerons. Dans tous les coins s’entassent des cartons vides, des tas de meubles, de la poubelle, des sacs de gratins et de bois de sciage. Tirant sur le tuyau de son narguilé, Am Ahmad Mahmoud, 73 ans, est assis devant de son échoppe de forgeron, à côté, des brindilles jaillissent du feu « L’état du Marché a commencé à se dégrader après que la compagnie française l’ait vendu au riche commerçant égyptien Mohamed Hassan Kassem ». C’était apres la deuxième guerre mondiale, vers la fin des années 40. Les étrangers qui vivaient à Alexandrie ont commencé à céder leur commerce et à quitter le pays. La situation ne faisait que s’aggraver notamment, après les années 50 avec le mouvement de Nationalisme qui était en vogue. Ainsi, petit à petit le Marché a perdu son éclat. La négligence a plané sur lui : le nettoyage et le lavage quotidien ont été suspendus. Les artisans ont commencé à s’emparer des devants de leur échoppes, retroussant de plus en plus les avenues qui séparent leurs ateliers les uns des autres. Sans compter les procès qui ont éclaté entre les héritiers et les habitants du Marché « Au début je payais 2 L.E de loyer mensuel, maintenant, je paye 73 L.E, c’est trop. » Se plaint Am Ahmed en laissant doucement échapper la fumée de ces narines. Avec un regard méfiant, les habitants du Marche suivent les nouveaux visiteurs du marche. Inaccoutumé à voir des nouveaux visages, ils considèrent chaque nouvelle tête, comme une menace. La nouvelle répandue les préoccupe : les propriétaires du Marche veulent le démolir. Le prix du terrain dépasserait les 50 millions L.E. « Ca ne serait pas la première fois qu’on tente de le faire – raconte Hag Farouk, 73 ans, cordonnier – Voila une vingtaine d’années, l’ancien propriétaire a essayé de vendre le bois du toit à 12 mille livres égyptiennes, et c’est nous qui l’avons arrêté ». Le bois du toit s’enfonce de 50 cm dans le corps même du bâtiment. Son arrachage serait fatal. Sous le coup, tout le marché s’effondrait. « Sans une loi civile pour protéger ces bâtiments, qui ne sont pas classés comme patrimoine, on pourrait les démolir de jour au lendemain – Insiste Mohamed Awad – Malheureusement, ce n’est pas un cas unique, il y a encore un problème de reconnaissance des bâtiments du XIX et du XX siècle », Depuis 1985, le militant architecte, avec ses associés du Centre de la Préservation d’Alexandrie, essayent de classer tous les bâtiments d’importance dans la ville d’Alexandrie. En 1989, ils ont présenté aux autorités une liste contenant plus de 1700 bâtiments, zones de protection ou zones de conservations y compris des quartiers entiers pour les protéger.
Symbolisme de l’endroit
Tout un patrimoine humain, commence à disparaître. Seule une génération, née dans les années 20, dont des octogénaires qui ont vécu dans le marché, peut éclairer cette période cosmopolite qu’a connu Alexandrie. L’un après l’autre disparaît emportant avec lui l’Histoire de la ville. A part la particularité architecturale, selon Alaa Khaled, l’endroit lui-même porte du symbolisme. C’est un lieu de rencontre, ce coin caché dans la ville qui s’enferme sur son propre Histoire humaine. Mais malheureusement, personne ne s’est intéressé à écouter ces gens et à documenter leur histoire. « Si en général, les intellectuels évoque le rapport de l’Egyptien avec les Etrangers qui vivaient au début du siècle, en étant un rapport de lutte et de rivalité interculturelle. Ces gens simples l’ont vécu différemment. ». L’Etranger était mieux intégré, et la pluralité ne choquait personne. Cette Histoire d’échange, d’harmonie et de tolérance, vécue par les habitants du Marché contredit toutes les Histoires documentées et lues jusqu’à nos jours qui ne représentent les étrangers qu’uniquement comme des colons. « Mais comment considérer un Grec ou un Italien, née et grandit en Egypte, comme un étranger ? », Se demande Alaa Khaled.
Pour en savoir plus:
– Twentieth Century impressions of Egypt, its history, people, commerce, industries, and resources [by] Arnold Wright, editor in chief [and] H.A. Cartwright, assistant editor, London, Lloyd’s Greater Britain Pub. Co.1909.
– Amkenah, Revue non périodique, n 1, Alaa Khaled [rédacteur en chef], Alexandrie, 1999,

L’Atelier a Sensations

This Article was published in La Revue d’Egypte N 27 – Janvier/Fevrier 2006

Dans une petite rue coincée entre Talaat Harb et la rue Champollion, le petit bâtiment blanc émerge entre des ateliers de mécanique, de menuiserie et des cafés populaires. Sur la façade, cachés derrière des branches d’arbre, les gros caractères à la verticale de Townhouse indiquent la galerie. Habitués aux allées et venues des visiteurs qui cherchent l’entrée, les ouvriers des ateliers voisins n’interrompent pas leur travail. Cela fait sept ans maintenant qu’ils voient défiler de nombreuses personnes, notamment des artistes avec qui ils ont appris à cohabiter. Et, avec le temps, même tissé des échange. Depuis l’ouverture de Townhouse, les rumeurs vont bon train sur la galerie et son propriétaire, le Canadien William Wells: un riche étranger qui ne travaille qu’avec des jeunes? C’est un espion, forcément sinon,
quelles raisons peuvent pousser un étranger à venir investir son argent pour «soutenir et contribuer au  éveloppement des autres, notamment les jeunes, pour produire de l’art», comme il le prétend?
Une théorie avancée surtout par la vieille garde académique, ébranlée par l’audace de Townhouse. En osant exposer des styles d’arts différents et hétéroclites, la galerie a bouleversé la scène artistique égyptienne. A chaque exposition, une vague de critiques déferle sur Townhouse.
Juste quelques marches à gravir, depuis l’entrée bourrée de posters et de brochures annonçant les prochains événements culturels, pour arriver à la salle principale au premier étage. Trois pièces cubiques éclatantes
de blancheur qui contrastent avec la pénombre de l’entrée. Le temps de s’habituer à la lumière et on commence à distinguer quelques tableaux suspendus sur les murs nus. Il ne faut pas se fier au silence qui règne, l’endroit est loin d’être tranquille. Chaque mois, ce sont une trentaine d’expositions d’art et de photographie, de projections de films, d’ateliers de peinture pour enfants et pour femmes, de rencontres et d’échanges entre artistes égyptiens et étrangers qui sont organisés. Une bibliothèque propose une importante collection de livres d’art. Une boutique et un café accueillent aussi le visiteur. Townhouse déborde d’activités: peinture, vidéo, photos, installations complexes, ou même théâtre.
«Un espace d’expérimentation»
Tout commence en 1998, quand le Canadien William Wells, ancien professeur d’art et propriétaire d’un espace similaire à Londres, décide d’installer avec son partenaire égyptien, Yasser Gerab, une galerie d’art au Caire. Après une étude minutieuse du marché, une visite effectuée à toutes les galeries de la ville, ils décident de commencer leur projet «de
développement». Ils louent une salle au premier étage d’un immeuble de la rue Nabrawi au centre-ville pour en faire un lieu d’art contemporain. «Nous avons voulu créer une plateforme pour les jeunes, un espace d’expérimentation, en les laissant travailler en liberté», explique Wells.
Depuis, Townhouse n’a fait que s’étendre. La petite salle du début a donné le jour à trois étages, une annexe et un espace de 650mètres carrés baptisé «The Factory», où l’on accueille les projections de films et les troupes de théâtre
d’amateurs.
Au troisième étage de la galerie, le soleil de l’après-midi submerge la salle rustique. Un jeune homme s’étend à plat ventre par terre. Autour de lui, la salle est presque vide, juste quelques chaises en bois où sont assis ses collègues. A côté de lui, s’allonge une jeune fille voilée et, en silence, ils entament ensemble des gestuels contrôlés. «Arrête, c’est pas bon continue à répéter», ordonne son ami, assis à cheval sur la chaise. «Bon, je répète», lui répond le jeune homme.

Dix minutes plus tard, les visages changent. Une autre troupe d’amateurs occupe la salle pour répéter à  son tour.
Avant l’ouverture de Townhouse, la tutelle étatique contrôlait tout. Les galeries privées ronflaient, n’offrant que de petits espaces pour des expositions d’art pictural classique et commercial. La seule solution pour qu’un jeune artiste puisse s’exprimer, exposer ses uvres et les évaluer, était de passer par les établissements gouvernementaux, notamment le Salone el-chabab (salon des jeunes), du ministère de la Culture, où la liste d’attente était infernale. «J’ai attendu plus de quatre ans avant de pouvoir tenir ma première exposition au Salon», raconte Moataz Nasr, 44 ans. Maniant les différents genres d’art (travaux sur bois, installations complexes, vidéos…), Moataz est une jeune figure de l’art contemporain en Egypte. A plusieurs reprises, il a exposé à Townhouse, soit en exposition personnelle, soit en groupe de travail ou dans le cadre d’ateliers.
Dépendants des subventions
Pourtant, comme certains, Moataz n’en est pas moins critique vis-à-vis du financement de Townhouse, à propos notamment des subventions: «Aujourd’hui, il n’est plus seulement question de développement mais de gains financiers. La galerie expose parfois des types simples, sans éducation, dans le seul but d’obtenir plus facilement des subventions.» William Wells répond: «Nous ne cherchons pas le gain financier, nous ne sommes pas une galerie
commerciale comme les autres. Le jeune artiste vient nous voir, nous présente son travail, on lui dit ça va, continue de produire, et nous, nous allons te chercher une subvention pour réaliser ton projet.» La quête de financements est indispensable. Si Townhouse prend une commission de 30% (à l’étranger la norme est de 50%) pour chaque pièce vendue, la plupart des objets exposés sont invendables, et la galerie doit courir après les subventions qui forment le capital de base du projet. La liste est longue: la Ford Foundation, la Canadian International Development Agency, le Prince Claus Funds, le British Council, le Centre français de culture et de coopération, le Goethe Institute…
Pour Moataz, ces subventions faussent la relation à l’art: «Plusieurs artistes ont boycotté la galerie car elle présente parfois des artistes sans réel talent. La sélection devrait être plus rigoureuse.»
L’art, valeur marchande
Il y en a un qui n’a pas à se plaindre. Mohamed Charkaoui, fier et excité, ouvre la porte de son studio situé au troisième étage de la galerie. Un diplôme d’agronomie en poche, le jeune homme a quitté son village de Nagaa Hamadi pour s’installer au Caire. Cela fait cinq ans maintenant qu’il travaille à Townhouse. Il fait des photocopies, apporte à manger et veille sur la galerie de 10 heures du matin jusqu’au soir. L’année dernière, pendant un atelier de peinture, le jeune homme de 23 ans se découvre des talents artistiques. «C’était la première fois que je tenais un pinceau, raconte Mohamed, les yeux encore pétillants de gratitude. William a exposé mes sept tableaux qui ont aussitôt tous été vendus. Pendant l’été, il nous permet, moi et mon collègue Ayman Ramadan, d’occuper ce studio. Pour nous, il est comme un père.» Hadil Nazmi est une jeune artiste de 26ans. Elle a déjà exposé à Townhouse dont la lettre de recommandation lui a permis de bénéficier d’une subvention pour réaliser son projet. Ni espion ni grande figure contribuant au développement de l’art, William Wells est, pour elle, simplement «un très bon homme d’affaires qui a su marketer l’art en Egypte», un domaine encore vierge. Les gens ne sont pas habitués à considérer le produit artistique comme une valeur marchande. Townhouse est la première à l’avoir réalisé et à en profiter. S’activant auprès des différentes organisations et instituts oeuvrant dans ce domaine, la galerie a réussi à attirer la plus grande partie des subventions consacrées au développement des arts.
Hasardeuse et incomplète, selon Moataz, l’expérience de Townhouse mérite sans doute d’être étudiée et étendue. La galerie a réussi à bouleverser l’état dans lequel ont stagné les arts visuels pendant les deux dernières décennies. Des interventions de l’Etat doivent encourager groupes et individus à s’investir dans le domaine de l’art. D’autres partenariats doivent avoir lieu pour soutenir les petites galeries, les différents groupes et les espaces artistiques indépendants. La pelote est déjà roulée, et on ne peut plus l’arrêter. «Je suis un des premiers à lutter pour que l’expérience de Townhouse subsiste, affirme Moataz. Mais à une condition: qu’elle ne soit pas la seule.»

Encyclopedie du Monde Arabe – Mohamed Kacimi

Premier ouvrage  des” Encyclopes” la nouvelle collection lancée par les éditions Milan, Le Monde Arabe, est une véritable encyclopédie qui vient combler un manque remarquable  dans les documentaires jeunesse. Il s’est donné un objectif de répondre aux diverses questions effleurant l’esprit itinérant du jeune lecteur, à propos du monde arabe. Pas seulement à la jeunesse européenne il s’adresse, mais “[…] surtout aux  jeunes des communautés arabes et maghrébines qui vivent en France et qui n’ont aucune idée de leur culture, de leurs pays,[…] et en même temps, je pensais beaucoup aux adultes, il y a beaucoup des parents qui ne connaissent rien sur ce monde là.” affirme l’auteur.

Mis sur la route, il débute un long voyage parcourrant dix grandes capitales: Sanaa, La Mecque, Damas, Bagdad, Beyrouth, Jérusalem, Le Caire, Tunis, Alger et Rabat. Chaque ville laisse dévoiler un des aspects particuliers de la civilisation arabe. Tout au long de 256 pages abondamment illustrées, Mohamed Kacimi essaye de mélanger Antique et Moderne. Rien est épargné, architecture, musique, cinéma, sciences, traditions, art culinaire, mariage ainsi que religion, colonisation ou encore intégrisme. Doté d’un style direct et concis, d’un français facile et compréhensible, l’auteur effleure, sans jamais perdre son ton objectif, des sujets épineux, comme la cause palestinienne, qui ont fait couler beaucoup d’encre  dans le monde arabe et ailleurs. De même, il n’évite pas les questions politiques ou socioculturelles. Pourtant il les traite parfois d’une façon trop brève: voile et  circoncision, ” […] il a fallu faire un choix, des fois c’est l’éditeur qui va enlever du texte pour mettre une image, parce que pour l’enfant, l’image parle dix fois  plus qu’un texte” explique Kacimi.

S’exiler  c’est rompre. Or, Mohamed Kacimi, collaborateur de l’IMA (1), essaye de renverser la règle. Installé à paris depuis 1982, il n’essaie pas de défendre sa culture, “plutôt combler un vide et faire de la vulgarisation, affirme Kacimi, parce que moi, je suis convaincu que, c’est plus la méconnaissance qui crée le conflit”. Ainsi, dans  Le Monde Arabe,  il cherche à exposer  l’influence incontestable de la langue arabe sur les autres langues notamment le français et de corriger certaines notions, conceptions et de fameux lapsus sémantique et linguistique.

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(1) IMA:Institut du Monde arabe, c’est une fondation culturelle, fruit d’un partenariat entre la  France et 22 pays  arabes. L’IMA a été conçu pour faire connaître et rayonner la culture arabe. Il est devenu aujourd’hui un véritable “Pont culturel” entre la France et le monde arabe. Pour en savoir plus consulter www.imarabe.org

Etudiantes Egyptiennes à Paris

29/09/05

**Après une longue montée, l’étroit ascenseur s’arrête au sixième. C’est là, où habite Noha. Ouvrant sa porte, la jeune femme de 25 ans accueille son amie Maha avec le sourire. Rentrant dans le petit studio qui ne dépasse pas les 10m2, aux murs blanches et nus, Maha ne cherche qu’une chaise pour s’asseoir et reposer ses pieds meurtris de marche durant toute la journée. Dans la chambre vide de tout meuble, le choix est bien limité. Elle vient passer quelques nuits chez sa jeune amie, le temps de trouver un logement. Pour ces deux jeunes femmes, la solidarité est le seul moyen de survivre à l’étranger, notamment à Paris. Gardant ses affaires et ses livres chez une deuxième amie, voilà que depuis plus d’un mois, Maha, 41 ans, se déplace de chez une amie à une autre. Dans le contexte actuel d’une France qui souffre d’une crise de logement, la situation devient encore plus précaire pour les étudiants étrangers démunis. La procédure est compliquée. Il faut chercher un logement qui n’est pas cher, qui se situe dans un bon quartier sûr pour une fille, et surtout dont on puisse remplir toutes les exigences et les caprices de propriétaire : présenter une carte de séjour [déjà difficile à obtenir], payer deux mois de caution, un avancement  d’un ou deux mois de loyer, et avoir un garant fiable qui doit présenter ces trois dernières fiches de paye et d’impôt.  Noha, de son côté, vient de s’installer à Paris voilà trois mois. Ce n’était pas la première fois. En 2002, elle a bénéficié d’une bourse pour préparer son DEA en France. En rentrant, l’étudiante de science politique découvre, incrédule, que son année d’étude à l’étranger n’a pas d’équivalence en Egypte. Déçue et frustrée, elle se met à la quête d’une autre bourse pour financer ses trois années de thèse ou au moins sa première année de documentation… mais en vain. Prenant son courage à deux mains, elle revient en France sur ses propres comptes. « J’ai découvert que le système que garantit la France aux étudiants, précisément le système de travail à temps partiel,  leur permettent d’étudier et à la fois vivre, une chose que le système en Egypte ne va pas m’offrir », explique Noha. Autour d’un thé chaut, les deux amies délirent de fatigue et de blagues. Pourtant, un membre important au groupe est absent : Hoda leur troisième amie. Changeant son parcours littéraire en Egypte, Hoda, 34 ans, débute  des études de linguistique – pour bénéficier d’une bourse pour son année de DEA – juste pour pouvoir venir vivre à Paris. Quatre années sont passées depuis son premier atterrissage en France. Problèmes d’intégration ? Pas du tout !!! Se retrouver et s’identifier comme étrangère dans cette ville variable, brassage de toutes cultures qu’est Paris, ne représentait pas un vrai problème pour la jeune femme surtout que dès le début elle a choisit librement d’ôter le voile « Je suis convaincue de la responsabilité de la personne dans la provocation de l’autre, c’est vrai que j’aurai suscité l’agressivité si je le gardais, je sentirais, moi-même, mal dans la peau alors que je sais que le voile est quelque chose d’aussi refusé ici … je sentirais étrangère à cette société dans laquelle je choisis de vivre, raconte Hoda….je me plie aux règles de la société où je suis par adaptation ». Et le retour en Egypte, est-t-il envisagé ? Pour les trois, c’est une question laissée au temps, aux circonstances et surtout au financement. Issues d’une bonne classe sociale bourgeoise, toutes les trois ont vu leur vie se bouleverser. « En Egypte, c’était le luxe, tu as ton portable, ta voiture, ton argent de poche, la vie est facile et sans soucis », s’appuyant extenuée sur son fauteuil pliant qui sert à la fois de chaise longue et de lit, commente Maha, « la différence – l’interrompe Noha en s’esclaffant- en Egypte j’avais une femme de ménage, ici je SUIS la femme de ménage ». La question se pose donc.. Pourquoi supporter tant de peines ?? La réponse est bien évidente pour les trois amies : vivre une expérience enrichissante, une vie culturelle et sociale différente, connaître cette évolution sur le plan personnel, académique et professionnel. « Je me suis jamais posée la question si je serais acceptée de nouveau en Egypte si je rentre, en revanche, je ne vois pas est ce que moi je supporterais vivre là bas comme j’ai vécu exactement auparavant après avoir connue une liberté et une indépendance complète  ici », lance Hoda.