Etudiantes Egyptiennes à Paris

29/09/05

**Après une longue montée, l’étroit ascenseur s’arrête au sixième. C’est là, où habite Noha. Ouvrant sa porte, la jeune femme de 25 ans accueille son amie Maha avec le sourire. Rentrant dans le petit studio qui ne dépasse pas les 10m2, aux murs blanches et nus, Maha ne cherche qu’une chaise pour s’asseoir et reposer ses pieds meurtris de marche durant toute la journée. Dans la chambre vide de tout meuble, le choix est bien limité. Elle vient passer quelques nuits chez sa jeune amie, le temps de trouver un logement. Pour ces deux jeunes femmes, la solidarité est le seul moyen de survivre à l’étranger, notamment à Paris. Gardant ses affaires et ses livres chez une deuxième amie, voilà que depuis plus d’un mois, Maha, 41 ans, se déplace de chez une amie à une autre. Dans le contexte actuel d’une France qui souffre d’une crise de logement, la situation devient encore plus précaire pour les étudiants étrangers démunis. La procédure est compliquée. Il faut chercher un logement qui n’est pas cher, qui se situe dans un bon quartier sûr pour une fille, et surtout dont on puisse remplir toutes les exigences et les caprices de propriétaire : présenter une carte de séjour [déjà difficile à obtenir], payer deux mois de caution, un avancement  d’un ou deux mois de loyer, et avoir un garant fiable qui doit présenter ces trois dernières fiches de paye et d’impôt.  Noha, de son côté, vient de s’installer à Paris voilà trois mois. Ce n’était pas la première fois. En 2002, elle a bénéficié d’une bourse pour préparer son DEA en France. En rentrant, l’étudiante de science politique découvre, incrédule, que son année d’étude à l’étranger n’a pas d’équivalence en Egypte. Déçue et frustrée, elle se met à la quête d’une autre bourse pour financer ses trois années de thèse ou au moins sa première année de documentation… mais en vain. Prenant son courage à deux mains, elle revient en France sur ses propres comptes. « J’ai découvert que le système que garantit la France aux étudiants, précisément le système de travail à temps partiel,  leur permettent d’étudier et à la fois vivre, une chose que le système en Egypte ne va pas m’offrir », explique Noha. Autour d’un thé chaut, les deux amies délirent de fatigue et de blagues. Pourtant, un membre important au groupe est absent : Hoda leur troisième amie. Changeant son parcours littéraire en Egypte, Hoda, 34 ans, débute  des études de linguistique – pour bénéficier d’une bourse pour son année de DEA – juste pour pouvoir venir vivre à Paris. Quatre années sont passées depuis son premier atterrissage en France. Problèmes d’intégration ? Pas du tout !!! Se retrouver et s’identifier comme étrangère dans cette ville variable, brassage de toutes cultures qu’est Paris, ne représentait pas un vrai problème pour la jeune femme surtout que dès le début elle a choisit librement d’ôter le voile « Je suis convaincue de la responsabilité de la personne dans la provocation de l’autre, c’est vrai que j’aurai suscité l’agressivité si je le gardais, je sentirais, moi-même, mal dans la peau alors que je sais que le voile est quelque chose d’aussi refusé ici … je sentirais étrangère à cette société dans laquelle je choisis de vivre, raconte Hoda….je me plie aux règles de la société où je suis par adaptation ». Et le retour en Egypte, est-t-il envisagé ? Pour les trois, c’est une question laissée au temps, aux circonstances et surtout au financement. Issues d’une bonne classe sociale bourgeoise, toutes les trois ont vu leur vie se bouleverser. « En Egypte, c’était le luxe, tu as ton portable, ta voiture, ton argent de poche, la vie est facile et sans soucis », s’appuyant extenuée sur son fauteuil pliant qui sert à la fois de chaise longue et de lit, commente Maha, « la différence – l’interrompe Noha en s’esclaffant- en Egypte j’avais une femme de ménage, ici je SUIS la femme de ménage ». La question se pose donc.. Pourquoi supporter tant de peines ?? La réponse est bien évidente pour les trois amies : vivre une expérience enrichissante, une vie culturelle et sociale différente, connaître cette évolution sur le plan personnel, académique et professionnel. « Je me suis jamais posée la question si je serais acceptée de nouveau en Egypte si je rentre, en revanche, je ne vois pas est ce que moi je supporterais vivre là bas comme j’ai vécu exactement auparavant après avoir connue une liberté et une indépendance complète  ici », lance Hoda.

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